Au commencement de ce roman il y a une famille, des éléments singuliers : un père exigeant, une mère lasse, et Violette, une enfant poussée jusqu'à ces limites. L'homme est empli de requêtes insatiables, la femme s'efface, la jeune fille s'affère et trébuche.
De l'autre côté de l'Atlantique, elle espère se trouver elle, et le repos. Mais le poids de l'éducation et le boulet de culpabilité qui l'enchaine entraveront les aspirations d'une nouvelle naissance. Sa pureté sera d'abord convoitée, puis achetée. Elle fera de son enveloppe charnelle le gage d'une reconnaissance facile.
Alors mariée, elle nourrira une liaison tourmentée avec Alexis, un homme rencontré lors de l'une de ces soirées mondaines. Ils vont s'aimer à l'abri des regards dans de somptueuse chambres d'hôtels, ils seront les captifs d'une passion destructrice. L'instabilité de la toxique Violette exacerbera ses frasques manipulatrices et mensongères.
Ce roman est fascinant en ce qu'il dresse magnifiquement le portrait psychologique du personnage, une femme conditionnée par les stigmates de l'enfance. Violette y est peinte avec finesse tant au travers de ses propres mots/maux que ceux des autres, au gré d'échanges épistolaires, parfois piétinants, mais saisissants.

Extrait
« On croit qu'elle vous regarde, mais c'est faux, elle ne regarde même pas derrière vous, ni à l'intérieur. Elle se regarde en vous, et c'est déjà chez elle une grande marque d'intérêt. Au fond je n'ai jamais su ce qu'elle pensait, je doute qu'elle même le sache. Elle pense par phases successives et contradictoires, comme tous les êtres qui doutent. C'est une mer jamais calmée . De temps à autre, sa houle berce ou enchante, mais l'orage n'est jamais loin »

Patrick Poivre D'Arvor
Fragments d'une femme perdue
Éditions Grasset
18 euros